Comment garder les boomers au boulot?

Publié le : | Par : Line Simard

Tags : réflexion

Randonneur sur un rocher

Comment garder les boomers au boulot?

Imaginez si vous étiez un célibataire de 66 ans qui se débrouille avec une rente de 5000 $ par année du Régime des rentes du Québec (RRQ) en plus de la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) et du Supplément de revenu garanti (SRG). On ne vit pas gras avec ça, croyez-moi. Disons que l’année dernière, vous avez décidé de travailler plus fort, en bossant deux jours par semaine au lieu d’un seul chez Rona, ce qui vous a permis de récolter 10 000 $ au lieu de 5000 $. Bel effort ! Mais, en fin de compte, il ne vous sera resté que 1527 $ dans vos poches, sur les 5000 $ additionnels. Autant rester les pieds sur le pouf !

Si on veut encourager les retraités à retrousser leurs manches, il faut bonifier de nouveau le crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience et revoir les règles de cotisation à la RRQ, suggère Luc Godbout, professeur de fiscalité à l’Université de Sherbrooke, dans un mémoire prébudgétaire présenté au ministre des Finances vendredi dernier.

Parlons d’abord de la RRQ.

Les règles actuelles font en sorte que les retraités sont obligés de cotiser pour des miettes, comme je l’ai déjà dénoncé. Au Québec, tous les travailleurs doivent verser une cotisation qui représente 5,55 % de leurs revenus au-delà de 3500 $, jusqu’à concurrence d’un salaire de 57 400 $. Ces cotisations additionnelles permettent de bonifier la rente… mais de si peu. « Je ne rentre pas dans mon argent ! » s’exclame M. Lavoie, qui a commencé à recevoir sa rente de la RRQ en 2018 à l’âge de 67 ans. Mais les cotisations qu’il a dû verser en 2019 sur des petits revenus de travailleur autonome ne lui ont rapporté que des poussières en bonification de rente.

Jugez vous-même.

Sur des revenus de 10 000 $, par exemple, la cotisation annuelle à la RRQ coûte 360 $ (721 $ pour un travailleur autonome), ce qui donne ensuite droit à une bonification de la rente de 32,50 $ par année Ça ne paie même pas une carte mensuelle de transports collectifs à tarif réduit ! Et comme la formule pour calculer la bonification est la même peu importe l’âge du cotisant, plus on vieillit, moins c’est rentable. « Payer 360 $ à 63 ans pour voir sa rente supplémentée de 32,50 $ par année est nettement plus avantageux qu’à 73 ans », souligne M. Godbout. Il suggère donc de permettre aux travailleurs âgés de 65 ans et plus le choix de contribuer ou non à la RRQ, comme c’est le cas dans les autres provinces avec le Régime de pensions du Canada, le frère jumeau de la RRQ. À partir de 70 ans, la cotisation pourrait même être carrément bannie.

« Imaginez si vous étiez un célibataire de 66 ans qui se débrouille avec une rente de 5000 $ par année du Régime des rentes du Québec en plus de la Pension de la sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti », écrit notre chroniqueuse. Le plus beau de l’affaire, c’est que ce changement ne coûterait pas un cent au gouvernement. Et il encouragerait vraiment les aînés à travailler. Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Québec pourrait aller encore plus loin en bonifiant le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière. Ce crédit permet d’effacer l’impôt sur une tranche de 10 000 $ de revenus de travail pour les contribuables de 60 à 64 ans (11 000 $ à 65 ans et plus), ce qui représente une économie d’impôt allant jusqu’à 1500 $. Selon M. Godbout, il faudrait notamment rendre ce crédit « remboursable », ce qui signifie que les gens auraient droit au cadeau même s’ils n’ont pas d’impôt à payer. Pour eux, cela compenserait la perte du SRG qui frappe les aînés à faibles revenus dès qu’ils se mettent à travailler.

Cela dit, Ottawa a annoncé dans son dernier budget que les revenus de travail allant jusqu’à 5000 $ n’auront plus du tout d’impact sur le SRG et que la réduction sera moins douloureuse sur les revenus entre 5000 $ et 10 000 $. Le tout entre en vigueur en 2020. Un bon pas en avant. Mais Québec pourrait renchérir.

On s’entend tous sur la nécessité d’encourager les gens à reporter leur retraite ou à continuer de travailler à temps partiel. Le taux de participation au marché du travail est de seulement 49 % pour les Québécois de 60 à 64 ans, contre 56 % pour les Ontariens. Il tombe à 22 % pour les Québécois de 65 à 69 ans, par rapport à 28 % chez nos voisins. En atteignant le même niveau que l’Ontario, on irait chercher 72 000 travailleurs dont le Québec n’a pas les moyens de se passer avec la pénurie de main-d’œuvre.

- Stéphanie Grammond, La Presse



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